2014-11-26

Never Alone et les jeux culturels


Aujourd’hui je vous écris à propos de Never Alone, un jeu vidéo spécial. Ce jeu est très important pour moi puisqu’il était conçu pour explorer la culture, juste comme mon jeu vidéo acadien La vie d’Arcade.

Jouer un autre jeu “culturel” m’a fait vouloir écrire à propos de ces jeux. Dans cet article, je vais comparer la conception de Never Alone et de La vie d’Arcade et ensuite réfléchir sur ce nouveau genre de jeux vidéo. Mais premièrement, voici un résumé des deux jeux :

Never Alone

Never Alone, ou Kisima Ingitchuna dans la langue Iñupiaq, est un jeu de plateformes pour un ou deux joueurs. Le jeu, qui se passe en Alaska, met en vedette une fille Iñupiat nommée Nuna et un renard arctique. Les deux amis doivent surmonter des obstacles pour découvrir la cause d’un méchant blizzard.


Ce qui rend le jeu unique est qu’il fut créé principalement comme une expression de la culture et du patrimoine Iñupiat. Beaucoup d’Autochtones d’Alaska ont participé dans la création du jeu en tant qu’ambassadeurs culturels, ce qui a assuré que leur culture soit transposée dans le jeu vidéo de façon respectueuse et authentique.

Des éléments de la culture Iñupiat se trouvent dans presque tous les aspects du jeu, y compris l’environnement, les personnages, l’histoire et les vidéos d’entrevue.

La vie d’Arcade

La vie d’Arcade est une histoire interactive qui explore la culture acadienne d’aujourd’hui. Dans cette aventure pour un joueur, on assume le rôle d’Arcade Comeau, un jeune Acadien à la découverte de son identité.


La structure du jeu est inspirée de la série The Walking Dead par Telltale Games. Le joueur interagit avec le récit en faisant des choix qui influencent le déroulement des événements.

Dans LVA, il y a beaucoup de lecture en anglais et en plusieurs variétés du français, ce qui reflète le paysage linguistique variée de l’Acadie moderne. Puisque la langue est un des facteurs principaux de la culture acadienne, les idéologies et les croyances linguistiques sont à la base du conflit dans le récit.

Ressemblances

Comparons maintenant ces deux jeux. La plus évidente comparaison est qu’ils partagent le même but fondamental : de se servir des capacités du jeu vidéo pour représenter une culture minoritaire. Traditionnellement, les cultures tribales ou minoritaires s’expriment par l’écriture, les arts visuels, la musique, le conte, etc. Toutefois, l’expression par les jeux vidéo semble être un nouveau phénomène. Never Alone et La vie d’Arcade sont les seuls exemples que je connais. Il y a peut-être des petits projets comme le mien qui existent quelque part, par contre.



Ces jeux ont tous les deux incorporé des éléments culturels dans les mécanismes de jeu, pas seulement comme un ajout superficiel. Pas mal tous les aspects de Never Alone, comme le récit inspiré d’un conte traditionnel et le bola, proviennent de la culture Iñupiat. Dans La vie d’Arcade, le joueur peut visiter beaucoup d’institutions acadiennes et faire des choix directement liés à la culture.

Il est intéressant que les deux jeux offrent des clips vidéo ou audio optionnels. En jouant à Never Alone, on peut débloquer une vingtaine de clips vidéo qui approfondissent les thèmes abordés dans le jeu. Pour La vie d’Arcade, j’avais enregistré une douzaine de clips audio de personnes qui discutent des thèmes du jeu. Il semble que nous avions la même idée d’inclure des renseignements culturels additionnels pour ceux qui veulent en apprendre davantage, mais de ne pas forcer le joueur à les écouter.


Une autre similarité est que les deux jeux étaient créés à l’aide d’un moteur de création de jeu : Unity pour Never Alone et RPG Maker pour La vie d’Arcade.

Différences

Même si Never Alone et La vie d’Arcade ont beaucoup de traits en commun, ils ont quand même des différences. Pour commencer, Never Alone était créé par une équipe avec du financement, et LVA était un projet amateur sans budget. NA se vend pour environ 15 dollars, et LVA est offert gratuitement. Cela a du sens puisque l’équipe de NA doit regagner son argent. De plus, la qualité du jeu est comparable aux grands jeux commerciaux, ce qui justifie le prix.

Une autre grande différence est que Never Alone s’exporte bien, ce qui n’est pas vrai pour La vie d’Arcade. Étant donné qu’il est écrit en multiples langues et dialectes, La vie d’Arcade n’est pas très accessible aux personnes non-bilingues. J’avais juste présumé que seulement des Acadiens joueraient un jeu à propos de l’Acadie. Never Alone m’a montré que des jeux culturels peuvent non seulement être bénéfiques aux cultures qui l’ont produit, mais qu’ils peuvent aussi partager cette culture avec les autres.


Cela souligne une différence entre les objectifs de nos projets : Never Alone est conçu pour partager la culture Iñupiat avec le monde, tandis que La vie d’Arcade vise presque exclusivement les Acadiens (qui, comme un ami me l’a signalé, est un peu typique de la création en Acadie). Les deux jeux cherchent à connecter les joueurs avec leur culture, mais seulement Never Alone est capable d’apporter la culture à presque n’importe quel joueur.

C'est quoi le style, le genre?

J’utilisais le terme jeu culturel pour décrire La vie d’Arcade. Mais puisque tout jeu, d’une manière ou d’une autre, reflète la culture qui l’a créé, je ne suis pas très confiant dans cette étiquette. Jeux de cultures minoritaires? Jeux de patrimoine? Avez-vous une meilleure idée? Est-ce qu’on a même besoin d’un nom pour ces jeux à ce point-ci?

Les concepteurs de Never Alone utilisent le terme World Games pour décrire ce genre de jeux. Voici un extrait de leur site Web (traduction) : Never Alone profite de la puissance des jeux vidéo pour partager, célébrer et augmenter la culture. Ces World Games vont donner le pouvoir aux collectivités indigènes partout au monde de partager leurs histoires d’une manière authentique, engageante et divertissante.


Pourquoi voit-on seulement ces jeux culturels maintenant?

Quand j’avais écrit à propos du concept de jeux vidéo culturels il y a presque deux ans, j’avais indiqué que le coût de développement était une raison pour laquelle ces jeux n’existaient pas ou étaient très rares. Je pense encore que la popularisation des outils de création de jeux, comme les engins utilisés pour bâtir NA et LVA, a aidé ces jeux culturels à voir le jour. Il est plus facile que jamais de créer des jeux vidéo, donc il est logique que nous voyions une plus grande variété de jeux.

Un autre facteur qui a mené à ces jeux culturel est fait qu’on accepte de plus en plus que les jeux vidéo peuvent faire plus que tout simplement nous divertir. C’était le cas pour moi, de toute façon : jouer et étudier des art games et des serious games ma surement mis sur la bonne voie pour penser au concept de LVA.

Les jeux vidéo culturels sont enfin une réalité. Je suis content que j’aie appris à propos de la culture Iñupiat en jouant l'excellent Never Alone. J'ai aussi très hâte de jouer aux prochains jeux qui exploreront les cultures du monde.

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